Exposition « Alain Keler – Histoires de vie » : rencontre avec le photojournaliste
Dans le cadre de l’exposition « Alain Keler - Histoires de vie » présentée dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, notre équipe est allée à la rencontre du photojournaliste Alain Keler. Il partage avec nous son regard sur son travail et les histoires qui traversent ses images !
3 juin 2026
Alain Keler, au cœur de son travail
1. Pourquoi êtes-vous devenu photographe ?
Quand j'étais très jeune, j'adorais la géographie. Très tôt, j’ai eu envie d'aller voir le monde avec un appareil photo. J’ai été abreuvé par les histoires de Tintin qui représente le voyage et l’aventure dans le monde entier. J’ai passé mon temps à regarder les cartes et j’écoutais la radio. On entendait des jingles de Radio Moscou et d’autres radios ce qui me fascinait. Je crois que cela fait partie de l’appel du voyage.
Je me souviens quand on habitait à Clermont-Ferrand (pendant la seconde guerre mondiale, les grands-parents et les parents de Alain Keler se sont réfugiés en Auvergne), on partait en vacances en allant sur la côté de l’Atlantique. Ce n'était pas très loin, mais c'était déjà une expédition car à l’époque il n'y avait pas d’autoroute. Nous traversions des régions différentes ce qui me fascinait parce que j'avais l'impression d’aller dans d'autres pays.
2. Une section de l’exposition s’intéresse aux photos de foules. Est-ce qu’il y a un moment qui vous a particulièrement marqué ?
Au Portugal à Braga, il y a une foule qui a tenté de me lyncher lors de la révolution en 1975. À l'époque, j'avais une moustache à la cubaine. Il y avait de nombreuses manifestations que je couvrais. Il y a toujours des photos intéressantes à faire. Il y avait une manifestation organisée par des royalistes contre le gouvernement socialiste de Mario Soares. Les gens protestaient contre le fait que le Portugal était en train de démanteler son empire colonial. Je suis au balcon d’un immeuble et je commence à photographier la foule lors de la manifestation. Tout à coup, il y a un groupe qui se forme en dessous du balcon avec des personnes qui me pointent du doigt. Je descends de l’immeuble et je m’entretiens avec les organisateurs de la manifestation qui parlent français. Ils me demandent si j'ai une accréditation. Les manifestants souhaitent récupérer mes images et voir mon appareil photo.
Mon appareil photo est emporté par la foule de manifestants qui se fait de plus en plus dense. Ils me prenaient pour un espion cubain et souhaitaient ma mort. Je me suis réfugié dans un petit terrain. Je retourne à ma voiture et je me rends au poste de police. J’ai appris que la foule souhaitait me lyncher. Je me suis entretenue par téléphone avec le gouverneur de Braga qui parlait couramment français. Il m’a dit que c'est terrible et que les manifestants sont des provocateurs signifiant que ce sont des communistes. Je lui ai dit qu'on m'avait volé mon appareil. Quelques mois plus tard, l’ambassade du Portugal à Paris m'a remboursé mon appareil.
© Centre des monuments nationaux
© Centre des monuments nationaux
© Centre des monuments nationaux
© Centre des monuments nationaux
3. La dernière section de l’exposition s’intéresse à vos parents. Pouvez-vous nous parler de l’impact de la Shoah dans votre famille et votre travail ?
J’ai été élevé par des parents juifs. Mes grands-parents ne sont jamais revenus des camps. Ils ont été déportés depuis Clermont Ferrand vers Auschwitz. La petite sœur de ma mère fut également déportée ce qui fut un drame. Du côté de mon père aussi, il y a eu des déportations mais il en parlait moins car il était moins proche de sa famille. Ma mère était une femme d'une tolérance extraordinaire et elle m'avait dit un jour que je pouvais me marier avec une femme même si elle n’est pas jeune du moment que je suis heureux. C’est extraordinaire.
J’ai travaillé sur cette mémoire et j’en ai fait un film qui s’appelle « Le dernier voyage » en filmant mes parents. Je suis allé jusqu'à Auschwitz. Je me suis beaucoup rendu en Israël afin de faire des photos pour l’agence de presse SYGMA pour couvrir l’actualité, notamment avec l’invasion dans le sud du Liban. L’histoire semble se répéter.
4. Quelles photos dans l’exposition retiennent votre attention ?
J’aime beaucoup une photo prise en Israël. On y voit des femmes rescapées de la Shoah. Elles montrent leurs numéros tatoués dans les camps. Au centre de la photo, une femme sourit, ce qui est bouleversant. J’apprécie aussi la photo de vieux palestiniens que nous voyons dans le rétroviseur d'une voiture. Nous voyons le mur de séparation à Israël qui est le symbole du problème Israélo-Palestinien. Cette photo est très symbolique. Nous voyons la construction du mur au milieu d'une terre très aride. Cette photo est très puissante et simple.
5. Quelle est votre actualité ?
J’ai cette exposition à Vincennes, "Alain Keler - Histoires de vie", mais aussi à Arles qui est très grande et plus complète. En octobre, un nouveau livre va paraître chez mes éditeurs traditionnels qui sont basés à Rennes. Je les apprécie beaucoup. Je suis très actif sur mon blog « Journal d’un photographe » que j’alimente depuis quinze ans.
Alain Keler - Histoires de vie
| Saison culturelle : exposition, concerts et danse contemporaine
Découvrez l'exposition du photojournaliste Alain Keler dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes !